Un nouveau club est né : Go Zen Troyes



Clément Plet : mes débuts au Go


J’ai découvert le jeu de Go vers 15 ans avec mon frère par hasard dans une maison de vacances. Nous avons trouvé un goban et appris les règles avec le livret joint. Les années suivantes je me suis surtout consacré à mon parcours de musicien professionnel. J’ai commencé à fréquenter assidûment un club de go lors de mes études en Suisse à Luzern. Le club n’avait pratiquement qu’un seul membre : Dominik Mueller 2k. Nous avons joué ensemble pendant 3 ans. Je suis devenu 9 kyu à cette époque.


Après une pause de 5 ans et la fondation d’une famille je me suis installé dans la campagne auboise près de mon travail de contrebassiste à l’Orchestre Symphonique de l’Aube. L’envie m’est venue de pratiquer à nouveau le go début 2019. J’ai contacté l’ancien club de Troyes dont il ne restait qu’une seule joueuse : Cléo. Nous avons joué quelques mois ensemble hebdomadairement avant de chercher d’autres joueurs pour progresser. En un mot recréer officiellement un club.



Genèse d’un club


Pour monter un club viable financièrement je savais qu’il fallait impérativement une salle gratuite et accessible aux citadins. Les mairies préfèrent prêter aux associations domiciliées dans leur commune. C’est pourquoi fin juin, j’ai fait différentes demandes avec à chaque fois une adresse correspondant à la commune. Adresses d’amis, famille... C’est finalement la commune de Cléo qui nous a prêté gracieusement une salle, à Barberey St Sulpice. L’association a donc été déclarée officiellement à Barberey… Lancer la publicité a été l’étape suivante, avec tout mon enthousiasme. Je me suis donné pour objectif de rentrée : 16 licenciés FFG !


Nous n’avons pas lésiné sur les moyens : affichage et distribution ciblée d’affichettes (cabinet médical, boutiques bio, bibliothèques, écoles, notre voiture, …). Mais le plus efficace a été le contact direct et les initiations lors de divers évènements : réunion de permaculture, séminaire associatif sur le bien-être, vide grenier sur un stand de scouts, fête des sports organisé par la ville de Troyes.

Deux types de public ont été attirés : ceux ayant l’attrait du jeu et de la performance intellectuelle et ceux portés sur la santé, l’introspection et le développement personnel. En effet ma compagne Mélanie présente le jeu comme un art qui demande maîtrise de ses émotions et de soi-même, le goban reflétant l’âme des joueurs.


Le site Web a été réalisé par Cléo, en professionnelle passionnée, et nous avons créé dans la foulée un logo qui correspondait bien à la fusion de nos visions respectives.


Pour débuter nous avions aussi besoin de suffisamment de gobans pour les 16 licenciés attendus, en partant d’un budget de 0. Je les ai fabriqués moi-même, aidé d’amis et de membres de ma famille. Nous avons utilisé du lamellé collé de sapin, un vernis à la cire d’abeille, dilué à l’essence de térébenthine, une peinture composée d’huile de lin, de farine et d’ocre jaune naturel. C’est une recette de peinture suédoise. Ainsi nous avons à disposition des gobans 19*19, 13*13, 9*9, et 2 gobans épais à pieds pour une pratique traditionnelle en seiza (à genoux).



La rentrée, sur quelques séances a finalement réuni… 16 licenciés ! 14 adultes et 2 enfants, 4 adultes au-dessus de 8 kyu et 9 débutants. Des nouveaux joueurs viennent régulièrement s’initier. Ainsi en novembre nous sommes montés à 20 licenciés dont 7 femmes.



Événements hors les murs


En plus de nos séances hebdomadaires, nous accueillons à mon domicile en campagne des joueurs de Go intéressés par une pratique plus traditionnelle, en tant « qu’art » et sans compétition. Un samedi par mois (les « samedis  simples ») nous nous réunissons toute une journée, de préférence dehors, sous les arbres, en seiza. Nous apprenons à jouer en respirant plus profondément et en nous tenant bien droit, le dos symétrique, en nous centrant sur le corps. C’est en fait très difficile, l’intellect prend vite le dessus ! Lors de ces samedis nous accueillons en plus des débutant(e)s qui ne sont pas forcément intéressé(e)s pour être licencié(e)s au club. L’ambiance est très conviviale.


Perspectives 


A l’heure où nous rédigeons cet article, nous préparons une intervention sur 3 jours au Festival des Jeux de Troyes du 6 au 8 décembre, sur un stand de 60m². Lucas Neyrinck (champion de Belgique) viendra commenter une partie sur la scène principale du salon afin de partager à un maximum de joueur notre jeu favori.

Lucas nous fera aussi la joie d’animer un stage les 22 et 23 février 2020 pour nos joueurs en kyu ainsi que tous les joueurs à proximité pouvant faire le déplacement !

Tambour battant, nous enchaînerons au printemps avec le Premier Tournoi de Troyes de jeu de Go, les 25 et 26 avril 2020 dans la salle des fêtes de Barberey.

Une année riche et excitante !




Mélanie No Go


Découverte du jeu


Je ne connaissais pas du tout le jeu de Go et ai toujours détesté les jeux de plateau. Je ne supportais pas l’affrontement et trouvais inutile de chercher à « gagner » sur l’autre. Quand j’ai connu Clément qui avait un jeu de Go, je l’ai prévenu que je ne jouerai jamais avec lui.


Quelques années plus tard, Clément s’est repris de passion pour le jeu de Go et a rencontré une joueuse, à Troyes, Cléo. Il me commentait ses parties, ses déboires ou ses moments de joie après ses parties. J’ai suivi avec intérêt ses émotions et son évolution. Cléo était très différente de Clément et nos modes de vie étaient en tout point opposés. Nous vivons au rythme du soleil et Cléo vit la nuit. Elle adore les technologies modernes et travaille sur écran quand nous vivons dehors en limitant les écrans... Clément et Cléo se concentraient sur leur jeu sans aucun heurt relationnel.


Puis Clément a décidé que nous regarderions ensemble Hikaru no Go. J’ai aimé le fait qu’on pouvait jouer juste en posant des pierres comme on regarde des étoiles dans le ciel. Je ne comprenais rien du tout au jeu mais le manga était agréable. Je suis devenue familière avec les termes et l’éthique du jeu.


Clément jouait de plus en plus, tous les jours il disparaissait pour jouer sur internet. Je voyais sa tête refléter sa partie quand il revenait. Il tentait de m’expliquer ce qui s’était passé, ce qu’il avait vécu. J’étais de plus en plus fascinée. Je trouvais des parallèles parfaits avec sa vie en dehors du jeu. Endurance, émotions, prise de décision, renoncement ou persévérance, intimidations… Ce jeu était beaucoup plus complexe et profond que j’avais pensé de prime abord.


Avec l’avancée du manga, j’ai mieux compris le principe. Pour moi il s’agissait littéralement d’une prise de position pour affirmer son territoire en tenant compte de son environnement, en le respectant.

J’ai posé naturellement mes premières pierres. J’ai refusé dans un premier temps leçons, théories et pratique sur internet. J’adorais le principe de liberté du jeu. Je pose une pierre où je veux et j’observe. Je ne cherchais pas à finir les parties.



Premières pierres


Vint le moment où nous nous sommes tous réunis avec d’autres joueurs et Cléo. Pour faire plaisir, prise dans le mouvement, j’ai joué une partie, puis deux... entières. Découvrant l’excitation. C’était amusant. Nos différences n’avaient aucune importance car on a beaucoup ri et je m’amusais plus que jamais. Mieux encore je prenais conscience de mes attitudes de jeu menant à la défaite, de mes attitude de vie conduisant à des problèmes. A chaque partie correspondait une leçon de vie. A partir de ce moment je me suis mise à jouer plus régulièrement. J’ai mis toute ma volonté pour me corriger dans la Vie pour m’améliorer au Go. Impossible d’envisager plus d’une partie par semaine tellement je devais travailler par rapport à l’enseignement reçu.


J’ai commencé à considérer le Go et à en parler comme une quête spirituelle. Une recherche d’équilibre permanent à l’instant t pour trouver sa place en restant en harmonie avec le reste de l’univers. Comme des plantes sauvages s’implantant dans une terre nue, qui prennent petit à petit tout l’espace qu’on leur laisse libre, comme du plantain entre deux rangées de carottes. 



Le plaisir de jouer entre amis : une prospérité mutuelle


Clément a donc ouvert son club et je me suis tout naturellement inscrite pour jouer ma partie hebdomadaire. Le club s’appelait historiquement Troyes Atari mais quand je pensais au club je pensais Go Zen. J’imaginais des parties en seiza (à genoux) avec une respiration profonde comme dans les arts martiaux que nous pratiquons avec Clément. Certes ma vision du Go est loin du jeu performance sur internet et de l’intelligence artificielle ! J’ai donc été surprise quand Clément et Cléo ont décidé que Go Zen serait le nom du club !


Pour satisfaire à toutes les approches du jeu nous avons créé les « samedis simples » pour jouer au Go sans idées de performance avec des jeux respiratoires et des relaxations. Les personnes qui n’aiment pas jouer mais qui se cherchent, retrouvent les joueurs acharnés voulant décrocher un niveau dan.


Le jeu de Go me fait sortir de ma zone de confort et m’oblige à prendre position en assumant les conséquences, avec toute ma bonne volonté. Sans y prendre garde nous jouons qui nous sommes en Vérité. Au delà du partage du territoire qui se dessine, une alchimie se forme subtilement entre les joueurs. Le jeu de Go aboutit toujours au même miracle : il réunit les personnes qui viennent à se parler et à nouer des liens d’amitié respectueux d’ âme à âme. Si les peuples en guerre jouaient au Go entre eux, nul doute que ce serait la Paix qui sortirait victorieuse.